5ème Conférence de l’IAS sur le VIH, 19-22 juillet 2009, Cape Town
mardi 11 août 2009, par
Les cinq mille experts de la lutte contre le Sida actuellement réunis en Afrique du sud pour la 5e conférence de l´IAS constatent avec un profond désarroi la diminution des ressources économiques allouées à la lutte contre le Sida, en particulier dans les pays en développement, avec pour conséquence une accentuation des inégalités nord-sud.

Dans les pays riches, l´accès à des traitements plus efficaces, mieux tolérés et simplifiés dans leur administration, permet de considérer le Sida comme une maladie chronique, un patient de 20 ans contaminé par le VIH, s´il est pris en charge précocement et suit de manière optimale son traitement, ayant désormais une espérance de vie supérieure à 69 ans. Mais dans les pays en développement, où résident la très grande majorité des patients contaminés, le problème demeure dans toute son acuité, avec des chiffres terribles : plus de 7 400 contaminations nouvelles et 5 400 décès par jour, dont environ 70% en zone subsaharienne, qui compte plus de 11 millions d´enfants orphelins à cause du Sida.

La mobilisation ne devrait pas fléchir et pourtant, la lutte contre le Sida est doublement victime de la crise comme l´a souligné le Pr Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme. Cette lutte est en effet à la fois victime de la fragilisation des pays en développement, dont les exportations reculent, et victime d´une stagnation de l´aide internationale apportée par les nations les plus riches.« Il va manquer 3 milliards de dollars pour 2010, a déclaré le Pr Kazatchkine, pour financer les projets soumis cette année au Fonds mondial et qui mériteraient d´être soutenus (c´est-à-dire environ les deux tiers des projets soumis) ». Devant cette impasse financière, le conseil d´administration du Fonds mondial pourrait décider de mobiliser des fonds actuellement en réserve pour financer les projets en cours. Mais cela suppose que lors de la prochaine conférence de reconstitution des fonds, en septembre 2010, les décisions d´investissement sur les années suivantes tiennent compte de cette mobilisation des réserves, donc à la fois une augmentation pour les pays actuellement contributeurs et aussi, voire surtout, un élargissement du cercle des contributeurs, à commencer par la Chine.

Car sur le terrain, déjà des choix difficiles à faire et à admettre s´opèrent quand des questions a priori impossibles se posent comme la suivante : faut-il, en raison de ressources très inférieures aux besoins, privilégier l´accès à la seconde ligne pour des patients qui échappent aux effets du traitement de première ligne en sachant que si ce choix est fait, ce sera au détriment de patients naïfs de traitement qui n´accèderont donc pas au traitement de première ligne… Cela sans compter les cas de tuberculose multirésistante qui progressent à très grande vitesse, en particulier en Afrique du sud, avec un coût de traitement 70 fois supérieur à celui de l´infection à VIH.
Si chaque pays doit prendre ses responsabilités politiques face à de tels dilemmes, la communauté internationale ne devrait pas pouvoir rester passive alors que les besoins, estimés à 60 milliards de dollars, semblent presque dérisoires au regard des milliers de milliards mobilisés pour sauvegarder le secteur bancaire… La pression sur les décideurs, chefs d´état et chefs de gouvernement, doit s´exercer en permanence, en suivant l´exemple donné au Cap par Françoise Barré-Sinoussi (Institut Pasteur ; Paris), Prix Nobel de médecine 2008, qui après avoir fait sa présentation sur les réservoirs du virus dans l´organisme, a rappelé haut et fort que « l´épidémie de sida n´est pas en récession ! ».
Alain Trébucq