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Vingt après, comprendre le drame du sang contaminé.

mardi 24 mars 2009

C’est ce que nous permet la lecture du remarquable et passionnant ouvrage de Laurence LACOUR, ancienne journaliste et écrivaine :

"Le Chant Sacré, Une histoire du sang contaminé 1955-1983". Les Editions STOCK.

Invitée par l’équipe de travail du Forum Santé et VIH, elle nous a présenté son ouvrage et sa démarche de travail. Replaçant le drame dans le contexte social, politique, culturel et international de la France de ces années-là, elle raconte la double conquête, étape après étape, de la santé et de la liberté des hémophiles et des homosexuels jusqu’à son apogée en 1983 alors que se noue la catastrophe du sang contaminé.


En revenant sur leur histoire respective décrite de façon extrêmement précise et très bien documentée, elle cherche à cerner ce qui préoccupait ces deux communautés avant l’apparition du SIDA. Question essentielle pour comprendre comment l’une et l’autre ont réagi quand la maladie est arrivée.

A la fin des années 70, la civilisation occidentale est triomphante, dominant le monde. La médecine est à son apogée. Ses progrès et ses découvertes n’ont jamais été aussi rapides, aussi spectaculaires. Les médecins comme les patients sont persuadés que rien ne pourra lui résister.

Les hémophiles ont pu, en l’espace de quelques décennies, sous l’impulsion d’un homme hors du commun, Henri CHAIGNEAU, profiter des produits du sang, les libérant d’une existence dominée par l’angoisse et les souffrances. Le spectre de la mort prématurée ou de l’infirmité, conséquence des hémorragies intra-articulaires, s’éloigne. Mieux ils ont acquis la possibilité de se soigner à domicile sans hospitalisation. Et mieux encore ils peuvent bénéficier de traitements prophylactiques (préventifs) complétant une autonomie presque totale. Les petits hémophiles, comme tous les enfants de leur âge, découvrent les joies du sport et des colonies de vacances.

Mais tous ces traitements demandent du sang, toujours plus de sang, à tel point que André Leroux, le Président de l’Association Française des Hémophiles, banalise cette tendance en la qualifiant d’Association de Consommateurs.

Tâche à laquelle vont s’atteler les professionnels de la transfusion sanguine. Mais la production française reposant sur le bénévolat et la solidarité reste insuffisante, les obligeant à importer les produits des firmes étrangères notamment américaines. Cette industrie du sang s’approvisionne auprès de populations défavorisées d’Amérique Latine ou d’Afrique qui, pour quelques dollars, vendent leur sang. Jusqu’à 60 litres par personne et par an.

Les homosexuels se libèrent, pour certains dans une frénésie sexuelle, d’années de répression vécue pour la plupart dans une solitude honteuse et désespérée. L’arrivée de la gauche au pouvoir soulève un vent d’espoir et de changement pour cette communauté frappée depuis toujours de discrimination.

Quand les premiers cas de Sida apparaissent au tout début des années 80 et que l’hépatite B confirme sa progression, les uns et les autres comprennent vite la fragilité de ces acquis et le risque de tout perdre, les ramenant des années en arrière. Ils prennent conscience que cette liberté à conserver nécessite d’en payer le prix, qu’à l’époque ils estiment en toute bonne foi acceptable.

Pour la première fois depuis ces années surnommées les 30 glorieuses, le doute s’empare des médecins. Ils ne comprennent rien à cette maladie nouvelle qui les dépasse. Incertitudes, tâtonnements, querelles, polémiques, ils avouent leur impuissance.

Quand en 1983 la circulaire de la Direction Générale de la Santé recommande aux centres de transfusion de sélectionner les donneurs et d’éliminer les groupes à risque les médecins renâclent. Peur de voir les bénévoles réduire leurs dons, choqués par les questions indiscrètes sur leurs orientations sexuelles. Difficile aussi pour eux de faire le tri sur des critères non scientifiques faisant voler en éclat l’éthique qui a toujours présidé au don du sang en France.

En toile de fond de ce récit, Paris Match "le poids des mots, le choc des photos", témoin majeur de cette époque. En effet quoi de mieux que cet hebdomadaire pour revisiter la France de ces années-là, cerner l’état d’esprit de ceux, l’immense majorité, qui en ne faisant rien seront aussi les acteurs de ce drame.

Et peu à peu le puzzle de ce que Laurence LACOUR appelle la voie lactée se met en place : myriades d’étoiles entrant en résonance, enchevêtrement de logiques se heurtant les unes aux autres.

Effondrant ainsi nos certitudes sur la culpabilité, l’inconscience, les erreurs, le cynisme présumés des uns et des autres.


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